"nulla dies sine linea" - Céline Goergen

Publié le par Fabien Lacouture

 

 

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Céline Goergen, Freaky Friends IV

Eau-forte et pointe-sèche, 20x18 cm

2010

 

 

 

 

La calomnie d’Apelle

 

Ligne ténue, délicatesse du trait, autant de principes que cet antique artiste a menés à son sommet. Et quoi de mieux pour rendre hommage à cette délicatesse, à cette finesse que l’utilisation de la gravure, où le trait marque le cuivre et laisse son empreinte sur la feuille.

La planche qui porta le trait d’Apelle, admirée de tous mais surtout des artistes, fut perdue dans le dernier incendie qui consuma le palais de César sur le mont Palatin. Pline nous dit qu’il s’arrêtait « jadis devant ce tableau, ne contenant rien dans son vaste contour que des lignes qui échappaient à la vue, paraissant comme vide au milieu de plusieurs excellents ouvrages, mais attirant les regards par cela même, et plus renommé que tout autre morceau. » Tout comme Pline, devant les gravures Celine Goergen, notre regard est attiré par le trait, le trait pour lui-même, mais aussi pour les formes qu’il crée.

Car Apelle n’est décidemment pas loin et les Freaky Friends de Céline Goergen sont là pour nous le rappeler.

Pline nous raconte qu’Apelle fut le premier à peindre une allégorie, celle de la Calomnie, et cet épisode inspira tant d’artistes qu’il resta dans l’histoire sous le nom de Calomnie d’Apelle. Les personnages de Céline Goergen nous rappellent ceux de la fresque de Botticelli, quand l’artiste florentin décida d’illustrer à son tour cet épisode si fameux. Ces figures longilignes sont des allégories de notre temps qui n’ont plus besoin de se cacher, d’être ornées comme chez Botticelli, de rubans blanc et de roses pour masquer leurs mensonges. Ces personnages sont les calomniateurs, des amis qui ne semblent pas nous vouloir du bien. Et le juge, au centre de l’œuvre intitulée Femme multiple, ne semble plus, comme chez Pline, en mesure de percevoir la vérité, trop entouré, trop occupé, hypnotisé par les charmes de ces femmes qui l’entourent.

Le mensonge semble avoir pris le dessus, le juge ne peut plus nous sauver, heureusement, dans la vérité ou la calomnie subsiste et subsistera toujours le trait.

 

 

 

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Une question à Céline Goergen :

 

Pourquoi as-tu choisi de faire de la gravure aux Beaux-arts ?

 

          J'ai commencé la gravure après qu'un de mes professeurs m'a conseillé de faire un essai, car j'ai un dessin assez "naïf" et maladroit, et le développer par la gravure lui semblait intéressant.  
 
 

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C’est à l’âge de 17 ans que Céline Goergen fait son entrée dans le monde artistique en prenant des cours de photographie. Rapidement, elle devient assistante sur de nombreux projets et participe à ses premières expositions. En 2004, elle entre à Ecole nationale supérieure des Beaux-arts de Paris, où sa passion pour la photographie s’associe à la découverte de la gravure. Depuis elle a participé à de nombreuses parutions et ses œuvres ont pu être visibles dans des expositions collectives à Paris ou Bruxelles.

Publié dans Nulla dies sine linea

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