"nulla dies sine linea" - Thomas Perino

Publié le par Pauline Duclos-Grenet

 

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  Thomas Perino, Impénétrabilité III

 

 

 

Dans cette xylographie de Thomas Perino, la femme idéale ou femme-idée n’est pas une chimère, composée, comme chez Zeuxis, « de ce que cinq jeunes filles avaient de plus beau ». Refusant cette particularisation des corps poussée à l’extrême, il réduit le portrait à une épure, traduisant par le geste l’idea platonicienne. Cette entité  n’a donc pas de visage, mais deux profils. Elle devient ainsi l’incarnation de l’anima jungienne, sorte d’archétype féminin, dont l’essence est d’être à la fois une mère, une sœur, une amante, etc. Une douce ligne courbe détoure un front immense qui se termine par un nez droit, nettement découpé. Tels une virgule, de longs cils noirs viennent interrompre le trait continu. Comme une réduction ou une projection mentale de cette amoureuse aux longs cils, se dresse le second profil, raide et anguleux. Point de cils ni de nez délicat cette fois, mais un long voile virginal, prolongé par les plis d’une tunique, dont émerge à peine la forme d’une pommette. Ces figures sœurs constituent ainsi une sorte de trinité féminine, enclose dans une forme ovale, rassurante. La même ligne continue, libre, fluide, happe et guide un regard qui se perd dans les circonvolutions de ce microcosme symbiotique. Elle évoque le plomb des vitraux d’église, comme si elle découpait des morceaux de lumière pure.

 

 

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Deux questions à Thomas Perino :

 

 

Pourquoi as-tu choisi la gravure ?

 

La xylographie est souvent considérée comme un travail en « négatif ». Cela permet de mener une réflexion sur la fonction du trait. On considère souvent qu’un trait noir sur fond blanc délimite deux espaces, qu’il détermine un intérieur et un extérieur. Or, en xylographie, dans la mesure où il est épargné, le trait voit sa qualité de surface réaffirmée. Il n’est plus considéré comme une césure entre deux formes mais comme une forme entre deux césures, la forme du vide de la césure.

 

Que trouves-tu intéressant chez Pline l'ancien ?

 

Mes derniers travaux m’ont conduit à travailler autour de figures féminines, en tant que phénomènes récursifs chez certains artistes. J’en ai tiré le concept barbare de physiognomonie de l’anima. L’anima est un archétype de la psychanalyse jungienne qui a toutes les caractéristiques de l’essence féminine. Or, s’il est irrationnel de vouloir prétendre comprendre un individu réel par l’étude de ses caractéristiques physiques (physiognomonie), il n’en est pas de même en ce qui concerne une projection mentale.

 

 

 

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Diplômé en 2001 de l’Ecole de Communication Visuelle et en 2006 des Beaux-arts de Paris, Thomas Perino a illustré récemment plusieurs ouvrages jeunesse aux éditions du Seuil, dont Alice au pays des Merveilles (2008) et Le chat botté (2009). Il a publié plusieurs livres d’artiste et expose très régulièrement.

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